Enfant, la découverte d’un atelier abandonné dans le jardin de ma grand-mère et un goût précoce pour le dessin furent en partie les ferments de mon éveil artistique.

Plus tard, la rencontre avec des lieux comme l’atelier de BOURDELLE, de fréquentes sorties au LOUVRE ainsi que les encouragements d’Etienne MARTIN aux Beaux-Arts m’ont amenée naturellement à la sculpture. Dans un premier temps, j’ai abordé différents thèmes, série des boucliers, femmes liées, les oeufs, expulsant ainsi comme beaucoup d’artistes, un malaise lié à l’histoire familiale. C’est ce que j’appelle ma nécessaire période baroque.

Vient ensuite une période de retour sur la capacité d’émerveillement de l’enfance avec l’arrivée du monde animalier et une réflexion sur ce que ce thème animalier peut fournir de voies à explorer sur les plans esthétiques, symboliques, affectifs et érotiques. Mes premiers rhinocéros forment des équilibres instables, où chacun doit tenir compte de l’autre pour ne pas tomber. Ils sont déprimés par moment, la corne affaissée, mais regardent le ciel avec leur cavalière et font découvrir l’Eros aux petites filles. Je suis passée du rhinocéros à l’éléphant, puis à l’hippopotame, jouant des structures pour qu’ils ressemblent à leurs modèles… mais pas trop !

Je cherche juste le point d’équilibre où l’animal existe par lui-même et me sers de ses particularités anatomiques pour évoquer une situation. Une sculpture peut en cacher une autre… Les défenses de l’éléphant de mer qui emprisonnent sa femelle sont une belle image du sort réservé à quelques femmes ; une trompe qui pousse ou retient un éléphanteau parle des rapports enfants – parents et les rondeurs de l’hippopotame suggèrent une vénus préhistorique. Dans le même ordre d’idée, j’ai choisi la girafe pour exprimer la féminité et tente avec cet animal, puissant et gracieux à la fois, de raconter des histoires de femmes. Femmes aux longs cous cerclés d’anneaux, anneaux qui représentent la pression sociale exercée sur elles mais les rendent aussi dominantes et triomphantes. Ce sujet explicitement humain me permet par ailleurs de jouer par moment sur le registre du détournement : la girafe devient une vierge à l’enfant, représentation séculaire de la sculpture, fesse un rhinocéros en hommage à Max ERNST, arbore des cornes de magicienne à la manière des sorcières de GOYA. Enfin l’ours… Roi des animaux depuis la Préhistoire, je me plais à lui redonner sa place de cousin de l’homme des temps anciens. « L’ours et la petite fille » se situe dans la droite ligne des légendes inuites. Mes « Trois ours » s’interrogent sur leur avenir dans le massif des Pyrénées, et par là même, interrogent l’avenir des humains sur la terre. « Le nid d’ours », quant à lui, symbolise une société humaine apaisée, rêvée.

En conclusion, je dirais que mon travail plonge dans le réservoir culturel « passé-présent » pour parler du vivant et de nous les hommes par le biais du masque animal, unissant l’homme et la bête dans un même ressenti. En ce sens, il est intemporel. L’homme lion de la grotte de Hohlenstein-Stadel, le sphinx des Naxiens, le faune de J. CARRIÈS, les femmes paysages de H. MOORE, tous ces êtres hybrides du passé me permettent de construire un monde imaginaire bien à moi, au présent. Interroger la terre, me surprendre, créer de l’émotion avec pour point d’appui le souci du rapport des formes, exprimer l’Eros avec un grain d’humour pour le plaisir, voilà mon travail d’atelier… La sculpture est histoire d’amour, de sensualité, une histoire qui permet de communiquer d’inconscient à inconscient. C’est assez simple dans le fond …