Le catalogue de l'exposition est disponible à la vente.

Disponible au Musée de Berck ou à la Galerie Septentrion.

Ou, pour le recevoir adressez-nous un chèque de 22€ à l'ordre de Sophie Verger, nous vous l'enverrons en retour à l'adresse que vous aurez précisée.

Adresse : SOPHIE VERGER, 53 rue du Général de Gaulle 60510 La Neuville-en-Hez - France

54 pages, dos carré-collé, papier satiné.

Catalogue Berck 20017 - Bêtes à musée

Extrait : un texte de Georges Dilly

Les animaux se souviennent


Les animaux se souviennent. C’est une histoire très ancienne, peut-être un mythe ou peut-être pas, quand la terre était un jardin où ils vivaient en paix, une époque d’harmonie et de jeux : l’enfance du monde. C’était un temps où les petits des hommes apprenaient à parler phoque, avant même que ne s’incarnent tantôt en hippopotame, tantôt en crocodile, les forces qui régissent la nature. C’était encore bien avant que les dauphins ne viennent secourir les naufragés et que la louve ne prenne en charge les jumeaux abandonnés, quand, à l’instar des minoens, les voltigeurs et les taureaux dansaient dans l’arène un ballet dont la mort n’était pas l’issue. C’était avant que des dieux anthropomorphisés ne fassent de l’aigle, pour le malheur de Prométhée, l’agent de leur perverse cruauté. C’était avant que l’homme ne caricature Dieu en le réduisant à son image. Les animaux se souviennent du paradis perdu, du jardin d’Eden auquel ne peuvent mener que les chemins de l’enfance et que seul un regard étanche à la laideur du présent peut permettre d’entrevoir. C’est ici que nous guide Sophie Verger, parmi ses Bêtes à musée, dans un monde apaisé où règne une bienheureuse insouciance… Et de l’insouciance, il en faut pour braver les lois de la pesanteur comme le font souvent ses modèles : qu’importe, où règne l’art, à trompe vigoureuse rien d’impossible ! Comme la petite fille sur le dos de l’Âne équilibriste, il faut juste ne pas se poser les questions inutiles et n’accorder qu’à l’essentiel l’attention légitime qui lui est due. Pour prendre de la hauteur, il faut parfois pouvoir compter sur les autres et, dans un lieu largement dévolu à la mer et à la marine, ne pas rechigner aux empilements improbables pour mener le visiteur en bateau. Quitte à faire chavirer la barque, c’est tous ensembles que les éléphants tenteront l’aventure, au grand dam de cet ivrogne de Noé qui ne savait compter que jusqu’à deux ! E la nave va ! Au temps du naufrage - à moins que ce ne soit pour embarquer pour Cythère - il est précieux d’avoir un rhinocéros à bord. Dans le musée, les animaux s’amusent et, pour certains prennent la pose. Deux girafes en goguette rappellent au Comte Lepic le temps où il s’encanaillait à l’Opéra avec son copain Degas tandis qu’une accorte sirène s’initie aux joies du plein air en compagnie du modèle de Pierre Carrier-Belleuse. Une famille de phoques installée près des matelotes, attend elle-aussi et pour cause, le retour de la pêche ! La mise en situation du bestiaire tendre et poétique de Sophie Verger au sein des collections de peinture et d’archéologie du musée de Berck n’est pas seulement un aimable intermède, une parenthèse humoristique dans un monde de brutes. Elle fait ressurgir des images enfouies dans nos souvenirs d’enfance et, au-delà du regard porté sur ce qui nous rapproche tant des animaux, nous invite à réintégrer ce dont notre apprentissage social nous a privé.

Georges Dilly Conservateur du Musée de Berck-sur-mer


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